Anglais de langue, Français de culture

Les parents de Lewis Evans ont un jour entamé un grand voyage autour du monde, qui les a emmenés de Grande-Bretagne… jusqu’en Normandie. C’est donc à Caen, du côté francophone de la Manche, que Lewis a fourbi ses premières armes musicales, contribuant à lui donner un profil atypique dans le paysage musical français.

Débutant en 2006 en tant que chanteur des Lanskies, fort d’un passage au Chantier des Francos en 2015, il poursuit depuis une carrière en solo, avec un premier album remarqué Halfway to Paradise. Nous sommes revenus avec lui sur son parcours et sa vision de la scène française et polyglotte.

Toi qui est britannique, est-ce que plus qu’un autre tu t’es posé la question de la langue dans laquelle tu allais chanter ?
Déjà, quand j’ai débuté, je parlais assez mal français, donc la question ne se posait pas. Ensuite, effectivement, pour le groupe avec lequel je jouais ça sonnait plus rock que je chante en anglais. C’était le plus courant alors, même si ce n’était pas toujours convaincant. C’était d’ailleurs assez drôle : à la fin des concerts, on venait me voir en me disant que j’avais vraiment un super accent.

Tu as l’impression que cela a évolué ?
Oui, très clairement. Depuis une dizaine d’années, on observe une vraie évolution des groupes français, précisément parce qu’ils écrivent en français. Ceux qui faisaient ça avant sonnaient toujours un peu « variét’ ». Au début des années 2000, avec des groupes comme Granville, Bengale ou Pendentif, j’ai eu l’impression que l’on se mettait à écrire en français… mais à l’anglaise, de façon plus brute, moins sophistiquée, avec moins de métaphore, plus de premier degré. Je crois que le public était prêt pour ça.

Quelles raisons vois-tu à cette évolution ?
Personnellement, je milite pour que l’on puisse chanter dans n’importe quelle langue pourvu que l’on s’amuse. Malheureusement, le monde musical ne l’entend pas de cette oreille. Il y a en France une peur irrationnelle de perdre sa langue, avec une défense un peu absurde de cette dernière. La politique des quotas radiophoniques pousse les maisons de disques à faire pression sur les chanteurs pour qu’ils chantent en français, pour avoir une chance d’être programmé. C’est quelque chose que l’on m’a demandé. Évidemment, pour ne pas avoir l’impression de perdre mon âme, je me suis justement retenu d’écrire en français. Et j’ai été alors super fier d’être programmé aux Francos parce que cela confirmait quelque chose en lequel je crois : on peux se sentir Français autrement que par la seule langue, on peut se sentir Français par la culture et créer des choses magnifiques.

Merci Lewis !