Chez Tellier, Maison sérieuse

En 2008, La Maison Tellier était le premier groupe français chantant en anglais à intégrer le Chantier des Francos. Leurs trois premiers albums oscillent (hésitent ?) d’ailleurs sans résolution entre les deux langues. Huit ans plus tard à La Sirène, Sébastien Miel/Raoul Tellier, guitariste Maison, est revenu sur le moment où leur langue a fourché.

« La question de la langue s’est évidemment posée pour nous. Nous avons longtemps été dans une sorte de « moitié/moitié », moitié français/moitié anglais, qu’on a tenu pendant trois albums. J’ai eu l’impression (je parle pour moi) de ne pas me retrouver dans cette dichotomie, à ne pas savoir choisir entre « La Maison Tellier chante en anglais » et « La Maison Tellier chante en français », c’était difficile de défendre les deux. Choisir l’une ou l’autre langue ne permet pas les mêmes choses d’un point de vue mélodique. À l’issue du troisième album (NdR : L’Art de la fugue, 2010), il a fallu se demander ce qu’était La Maison Tellier, il fallait dépasser ce dilemme.

Paradoxe ?
« Personnellement, ça me mettait dans une position un peu paradoxale. En tant qu’auditeur, j’écoute beaucoup plus de musique anglo-saxonne. Ça peut paraître anecdotique mais il m’est par exemple difficile de me concentrer quand j’entends du français. Pour autant, je ne suis pas un fan du texte pour le texte. Pour moi, un beau texte ne rachète pas une mauvaise mélodie, alors que je pense que l’inverse est possible, une bonne musique pourra faire passer des paroles un peu faibles. De fait, le texte en français peut parasiter un morceau. Pourtant, c’est bien vers le français que La Maison Tellier souhaitait s’affirmer. L’écriture de Yannick (NdR : Yannick Marais, « Helmut Tellier », auteur et chanteur) allait dans ce sens mais je pense qu’il y avait l’envie pour les autres de relever une sorte de défi, de choisir la difficulté en composant pour le français.

20161213_104337« D’une certaine manière, l’anglais nous apparaissait comme une solution de facilité. En anglais, on peut tricher un peu, tirer les syllabes, ne pas être très précis, aux dépens du sens, dont on se fout un peu dans la pop. En français, quand c’est moche, quand c’est bricolé, ça te saute immédiatement aux oreilles. Mais quand la mélodie et le texte collent parfaitement bien, ça donne des choses beaucoup plus satisfaisantes. Je crois que ce défi-là nous plaisait. D’autant que d’autres chanteurs – je peux citer Miossec, Bashung ou Cabrel – nous montraient qu’il était possible de trouver cet équilibre, qu’on pouvait trouver cette forme d’efficacité dans la langue et dans la mélodie.

« Actuellement, je trouve que la scène française explore ces deux facettes, efficacité de l’écriture, efficacité de la mélodie. Cela donne des choses aussi diverses que La Femme ou Radio Elvis. Les groupes essaient des choses nouvelles, s’affranchissent de vieilles divisions, font bouger les lignes. C’est fait sans opportunisme, avec sincérité et avec ambition. Ça fait du bien. »

Merci, Sébastien Miel.

La Maison Tellier a clôturé la French New Wave Week qui s’est tenue du 8 au 10 décembre 2016 à La Sirène à La Rochelle, en compagnie de O et de Radio Elvis. Les trois soirées étaient labellisées « Une Chanson sous influence ».