Institut du domaine de la lutte

Avec Institut, Arnaud Dumatin et Emmanuel Mario ont inscrit le séminaire d’entreprise, la consigne de sécurité et le catalogue de vente par correspondance au rang de puissantes muses. La légende affirmant en outre qu’Institut devait son nom aux Instituts français à l’étranger, Chanson sous influence se devait de rencontrer Arnaud Dumatin, le directeur marketing.

« Bien avant Institut, j’ai eu un premier projet, Emma, avec lequel j’ai fait deux albums, en anglais. Le français n’appartenait pas à ma culture musicale. J’écoutais du punk, du rock indé, des choses assez noires, dans des niches musicales. La question s’est cependant posée de ma légitimité à chanter en anglais. Je voyais la langue française comme un outil plus approprié et plus familier pour exprimer mes émotions et mes réflexions. C’est cependant une langue qui n’est pas très malléable, qui demande un temps d’appropriation. De 2000 à 2010, entre Emma et Institut, j’ai donc écrit des chansons en français, qui ne sortiront jamais de mes tiroirs. C’était juste une étape de travail mais elle m’était nécessaire pour pouvoir maîtriser cet outil. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que le cheminement inverse – chanter en anglais – serait impossible. Cela me semblerait inapproprié.

« Pour autant, le projet d’Institut ne relève pas à proprement parler de la chanson française, il s’agit beaucoup de talk-over, il n’y a pas de rimes. D’ailleurs, je ne me reconnais pas vraiment dans la « scène française », j’écoute certains chanteurs qui me semblent faire des choses intéressantes : Christophe, Daho, Belin… mais je continue à écouter principalement de la musique anglophone.

« Le problème pour moi avec la chanson française est que, soit c’est écrit et interprété au premier degré, avec un esprit de sérieux, et ça ne me plaît pas tellement ; soit c’est un peu plus potache, et ça ne me plaît pas du tout.  Je m’intéresse surtout à des projets expérimentaux, pas nécessairement dans un format chanson d’ailleurs. Je peux citer par exemple un projet qui s’intitule « musique post-bourgeoise », je trouve qu’il y a là un propos sérieux, de nature politique, mais sans que ce soit plombé par les textes. Je vais plus spontanément vers ce type de choses. De manière générale, je trouve que la scène francophone n’arrive pas à se sortir de ce problème de texte.

Merci Arnaud Dumatin.

Institut était en concert à La Sirène le 9 décembre 2016 dans le cadre de la French New Wave Week.