Sur ces questions d’influences #3 : Nord

La reprise est un exercice délicat, où il faut trouver sa juste place entre la fidélité au morceau d’origine et la touche d’originalité qui signe l’emprunt. Les artistes qui passent au Chantier des Francos nous gratifient souvent de ces petites pépites, souvent inattendues, qu’ils gardent au chaud hors de leur répertoire et ne sortent que pour des occasions particulières. La reprise révèle alors quelques envies enfouies et des influences cachées… ainsi qu’en témoigne Nord :

« J’aime beaucoup les Beatles. En particulier les chansons de Lennon, à la fois suaves, sucrées, espiègles et amères. Des friandises au poivre. Girl en est une. C’est bon et ça pique un peu. C’est une des premières chansons que j’ai voulu reprendre, vers l’âge de 17 ans avec mon premier groupe, Damfortune. D’ailleurs, c’est la seule reprise qu’on se permettait. J’aurais bien tenté i’m only sleeping ou i’m so tired, mais je suis toujours revenu à Girl, je trouve que la mélodie et le texte sonnent super, ça a un impact direct, émotionnellement primitif sur moi… Du coup j’ai retenu quasi instantanément les paroles, le refrain surtout…  Je crois que j’aime bien les choses simples, assez directes. 
 
Je ne suis pas coutumier des reprises, j’ai commencé la musique en faisant mes chansons. J’ai toujours peur de faire des covers, surtout en anglais. Il y a un challenge supplémentaire. Récemment, pour le Point Pop, j’ai repris Who by fire de Leonard Cohen, encore un autre artiste que j’aime beaucoup. Si j’avais le temps et la motivation, je monterai un set de reprises de Leonard Cohen et je ferai une tournée dans des forêts et autour des lacs du monde entier.
 
Il y a quelques années, j’avais tenté Novocaine for the Soul de Eels et Holidays des Pixies. Deux groupes que j’ai énormément écoutés ! Je m’aperçois que mes reprises sont toujours liées à des groupes ou des artistes qui ont beaucoup compté dans mon cheminement de musicien, mes influences, si on parle sérieusement… Je pense que c’est un peu pour tout le monde pareil, à chacun sa madeleine. 

J’ai repris aussi, 
ou appris, pas mal de chansons de Nirvana, forcement… J’ai débuté avec ça et … Brassens. Je ferais bien aussi un groupe mashup Georges Cobain ou Kurt Brassens, si j’avais du temps. J’ai tenté aussi dans ma fougueuse jeunesse de reprendre des chansons de Brel, Edith Piaf, Noir désir et de la Mano Negra, quand il n’y avait pas plus de trois accords. C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai vraiment et définitivement écris en français. J’ai eu comme tout le monde, ma phase en anglais, au lycée, quand j’ai commencé la musique en groupe… J’aimais beaucoup faire  rimer « tear « et « here » par exemple… mais heureusement, ça n’a pas duré longtemps.

J’ai basculé dans l’écriture en français, en lisant Aragon, une nuit de pleine lune. Je n’avais pas de prétentions littéraires gargantuesques. J’avais simplement envie d’être direct, qu’on comprenne mes mots. Le comble dans tout ça, c’est que quand j’ai commencé à faire des concerts, la voix était souvent sous mixée, ça jouait trop fort… Personne ne comprenait rien à ce que je racontais. Avec le recul, j’ai envie de dire tant mieux. Ensuite, il y a eu l’essor de la nouvelle scène française ! Et tout semblait possible, enfin presque.  

 

Il y a toujours eu plus ou moins deux fronts, d’un côté la « chanson », proche de la variété française, et de l’autre la « pop », plus classe, en anglais. Les deux se regardant un peu de travers. Parce que les clichés ont la peau dure, parce que « le rock c’est en anglais ou ça n’existe pas », « les groupes français qui chantent en anglais font ça parce qu’ils n’ont simplement rien à dire », « le rock français c’est comme le vin anglais »… on l’entend encore souvent, c’est aussi une question de culture, de « tradition française » ou de chauvinisme incongru.

Néanmoins, j’ose espérer que les frontières sont ouvertes, depuis longtemps maintenant. Dominique A, par exemple, a ouvert un chemin que beaucoup ont pu suivre ensuite, au même titre que Gainsbourg, Daniel Darc ou Katerine… Le rôle de la chanson française, à mon sens, c’est justement ce métissage, sans complexes et sans tabous. On peut être folk-electro-reggae-roots, hard-hip-hop-shoegaze ou rock-cold-wave-tectonik… Pour le meilleur et pour le pire. »

Merci Xavier « Nord » Feugray.

Retrouvez Nord aux Francos, le16 juillet, à 15 h au Théâtre Verdière (La Coursive)