On the radio #2

Reprenons le cours de nos émissions (si vous avez raté le début, c’est ici). Sur la programmation radio, tous les artistes présents à la table ronde sur les quotas semblent s’entendre : c’est un vecteur de promotion absolument nécessaire. Le passage radio préfigure une audience (à tous les niveaux, local, régional, national), laquelle audience encouragera des programmations de concert en salles et en festivals, etc. À l’inverse (on reporte là les propos des invités et du public de la table ronde), une maison de disques qui échoue à faire programmer son poulain sur une radio finira rapidement – l’ingrate – par se désintéresser de son petit et le laissera dépérir dans les tréfonds de son catalogue.

Tout nouveau, tout beau ?
Tout le problème est donc de parvenir à entrer dans les playlists. Il est intéressant d’entendre Yann Oger, de Hit West, rendre compte d’un écueil de taille auquel se heurtent fréquemment les radios – en tout premier lieu les radios commerciales : la résistance instinctive des auditeurs face à la nouveauté.
Le programmateur pointe un exemple très révélateur de notre faible propension à goûter spontanément ce que nous connaissons moins : même dans le cas de programmation des grands classiques de la chanson française (Brel, Aznavour, Balavoine…), ce ne sont le plus souvent que les deux ou trois mêmes titres les plus connus d’un artiste qui passent en boucle (on parie pour Amsterdam et Ne me quitte pas dans le cas de Brel, La Bohème et Je m’voyais déjà pour Aznavour, Le Chanteur et Je ne suis pas un héros pour Balavoine…).
Radio Elvis surenchérit d’ailleurs en relevant que malgré la sortie récente d’un nouvel album des Innocents, c’est finalement toujours L’Autre Finistère qui continue à être programmé.

Mire musicale
Cette situation – insatisfaisante du point de vue de la découverte de nouveaux talents –Mire permet cependant aux radios commerciales d’audience locale ou régionale de contenter leurs auditeurs et de répondre aux critères de quotas, puisque ce sont bien des paroles en français qui sont diffusées. La conséquence est que ce sont toujours les mêmes titres des mêmes artistes qui finissent par squatter les ondes. Le confort d’écoute de l’auditeur équivaut donc d’une certaine façon à écouter l’équivalent d’une « mire musicale », un bruit de fond peu dérangeant, d’où n’émerge qu’épisodiquement une nouveauté. Qu’importe l’ivresse en somme, pourvu qu’on ait le flacon.

Temps d’oreille disponible
Bien davantage finalement que la question des quotas liés à langue d’expression – qui n’est somme toute qu’un obstacle parmi bien d’autres avec lequel chaque artiste compose tant bien que mal – c’est bien la question des conditions d’émergence de sons nouveaux et de musiques nouvelles qui se pose pour les groupes présents. Et là, les problèmes soulevés sont nombreux : les prescripteurs se diversifient, on court en permanence après de nouvelles têtes/nouveaux talents sans leur laisser le temps de réellement inscrire leur carrière dans le temps, et les vieux squattent les meilleures places sur les plages radios… Le problème au fond, ce n’est pas la langue, c’est le temps d’oreille disponible.

(À suivre)