On the radio #1

Je marche dans la rue. Par les fenêtres ouvertes, j’entends la radio. J’entends les infos, j’entends le bulletin météo, j’entends ce vieux tube des années 80, j’entends des bpm sourds, j’entends du rap, j’entends les cris suraigus d’une chanteuse torturée, j’entends et je reconnais un riff de guitare, j’entends et je reconnais. Me voilà rassuré par ce bruit de fond connu.

Je suis lové dans mon fauteuil. Juste à côté de moi, j’écoute la radio. J’écoute Label Pop, j’écoute Vincent Théval, j’écoute la session de Françoiz Breut, j’écoute ce qui m’est dit dans l’oreille sur son nouvel album, sur ses prochaines dates de concert, j’écoute les autres artistes que Théval a choisi de me faire écouter et que je ne connais pas, j’écoute et je ne connais pas. Me voilà titillé, asticoté, démangé par ces sons inconnus.

La radio s’entend comme elle s’écoute. S’écoute comme elle s’entend.

Les quotas sur la table
Les débats autour de la table ronde récemment organisée au Chantier des Francos dans le cadre d’Une Chanson sImage5ous influence ont finalement beaucoup porté sur la spécificité de ce médium unique qu’est la radio.
La table ronde n’était en réalité qu’une petite table basse, ce qui a permis au public de très rapidement s’affranchir de toute distance avec les intervenants et de contribuer en permanence aux premiers échanges engagés entre Yann Oger, directeur de la radio Hit West, et les membres de Radio Elvis, qui témoignaient en tant qu’artistes engagés dans la campagne de promo de leur premier album. Le thème proposé à la discussion était celui des quotas de chansons françaises devant être programmées sur les ondes radiophoniques. Une question dont les termes furent rappelés via cette petite vidéo :

Yann Oger, fort de son expérience de programmateur, a pu rappeler le contexte de la mise en place de cette politique de quotas, insistant sur le fait qu’elle était avant tout guidée par un souci de défense de la languefrançaise et non pas de la production française. Un point qui n’est pas sans conséquence pour les artistes français s’exprimant en anglais, qui sont exclus de fait des comptes et des quotas.

Biais
Même si sur le fond, Yann Oger se montre favorable à cette promotion de la chanson française, il pointe toutefois quelques biais observés consécutivement à cette mise en place de quotas :
– tout d’abord, les maisons de disques ont vite montré un désintérêt certain pour les radios diffusant trop de chansons françaises, au prétexte que les audiences étaient plus faibles : moins de partenariats, d’envois d’albums, de places de concert à proposer à l’antenne… ce qui n’a pas incité les radios à promouvoir des artistes encore peu connus.
– ensuite, le dispositif des quotas a été relativement inefficace pour promouvoir de nouveaux artistes. Si une part de diffusion de « nouveaux talents » est inscrite dans la loi, le modèle économique des radios commerciales d’audience locale ou régionale – où l’auditeur aime bien reconnaitre ce qu’il entend – fait qu’il leur est difficile dans les faits de programmer trop de nouveautés.
– en outre, parmi ces quelques nouveautés programmées, l’abondante production d’un système qui promeut une professionnalisation à tout-va laisse peu de place et de temps aux jeunes artistes pour s’inscrire dans la durée. Un titre chasse l’autre.
– enfin, si les radios d’audience « moyenne » se doivent de respecter assez strictement les quotas de programmation, elles peuvent pâtir du fait que les « grosses » radios, d’audience nationale, trouvent souvent matière à accommodement, du fait de leur rôle prescripteur. Des petits arrangements avec la règle qui pénalisent au final les plus petites radios.

Si les artistes présents lors de cette table-ronde (on comptait, outre Radio Elvis : Le Prince Miiaou, Laurent Lamarca, Sarracco, Séverin, Cléa Vincent…) ont entendu les remarques des diffuseurs, ils n’ont pas manqué de faire entendre comment ils percevaient de leur côté ces contraintes de diffusions, les débats se prolongeant jusqu’à l’éducation musicale des auditeurs et le problème très saillant de la promotion de nouveaux talents vraiment nouveaux (selon certains critères, Raphaël peut encore prétendre émarger dans la catégorie. C’est peu dire que les jeunes perdreaux de l’auditoire semblaient désabusés quant à leurs chances de programmation).

Allez… pas trop d’un coup. Nous reviendrons sur ces différents points dans de prochaines notes. À suivre…