Soit dit en passant #5

La question ? quelle question ? quatre mois que le blog Une chanson sous influence tourne autour de la question de la chanson française, ou de la chansonen français, ou de la chanson que chante la nouvelle scène d’artistes français ou francophones – on ne sait plus trop.

Dans la plupart des discussions entre artistes, cela semble une « non-question » mais le chroniqueur amusé relève tout de même que sur cette non-question, tout le monde a finalement une opinion. C’est donc une non-question qui amène de vraies interrogations. On vous fera d’ailleurs dans les prochains jours un petit compte-rendu de la très pertinente table-ronde qui s’est déroulé le 22 mars dernier au Chantier des Francos au sujet des quotas radiophoniques (cet avis tient lieu de teasing).

Pour l’heure, revenons à notre revue de presse subjective et non-exhausive.
Les premiers propos que l’on relaie, ce sont tout d’abord ceux de Da Silva, qui poste le message suivant sur sa page facebook :

« Il me semble que depuis 5 ans il n’y a jamais eu autant de bons disques dans la production française. Nous sommes un pays qui n’a plus à rougir de ses productions. Nous avons su adapter la difficulté de la phonétique de notre langue à la pop et à la chanson, et nous avons aussi des artistes français qui chantent en anglais et produisent des albums de très bonne facture.
Malgré cela la production musicale française ne trouve que peu d’auditeurs et ne suscite que peu d’intérêt, et presque aucun enthousiasme auprès du public.
Alors je me demande dans quel monde souhaitons nous vivre, et quelle société fabriquons nous ?
J’ose espérer que ce ne sera pas une société sans couleur, sans passion, sans élan qui ne porte plus ses artistes.
Car sans élan, sans amour, sans considération et sans public, les artistes disparaîtront et laisseront la place à un flux rapide, sans histoire, sans fond, de musique orchestrée sans harmonie, nos oreilles et nos esprits deviendront tristes et gris. Sans besoin de consolation l’esprit avili se retrouvera face au néant dans une consommation frénétique d’informations superficielles.
Ce matin encore si nous prenons le temps d’aller écouter le premier et merveilleux album de Radio Elvis nous pouvons être frappés par le talent et l’engagement poétique d’un jeune groupe français qui ne mérite pas d’être ignoré.
Des bises
E »

Les seconds propos, ce sont ceux de Grand Blanc et de Flavien Berger, dans l’interview commune qu’ils donnent aux Inrocks (et que l’on appellera donc l’interview Berger Blanc) :

(extraits) :
« Flavien, du côté électronique, et Grand Blanc, du côté rock/pop, vous représentez deux pôles majeurs de la scène française actuelle. Vous avez conscience d’incarner ça auprès d’un certain public ?
Camille –
En ce moment, il se passe un truc assez cool en France. Les gens qu’on croise, on aime souvent leur musique. Je ne sais pas si on représente quoi que ce soit, on fait tous de la musique dans notre coin. Mais si effectivement les mêmes personnes viennent nous voir, alors c’est beau. Je n’aime pas trop quand on parle de “scène française”, en fait.

Flavien – Moi non plus, c’est vrai. Le cerveau humain veut trouver des cohérences entre différents phénomènes. Pour se rassurer, il faut trouver de la cohérence. Mais en vrai, cette “scène” est hyper éclatée.
(…)
Cette question de la “scène” est toujours particulière. Les groupes ont rarement l’impression d’en faire partie et pourtant, il y a quand même des codes communs qui se développent, parfois, sur une période donnée. Depuis quelques années, par exemple, le geste de chanter en français s’est libéré chez les jeunes groupes.
Luc –
On a tous été foutus dans le même panier parce que certains groupes ont ouvert des portes. La Femme et Fauve, populairement, ils ont cogné le bordel. Nous, derrière, peu importait la musique qu’on faisait, on a voulu nous rassembler dans un mouvement commun.

Flavien – Un mouvement métissé, plutôt. BB Brunes, ça existait avant La Femme. Après, il y a des vagues. Ce métissage esthétique nous a poussé vers un mix entre psyché, electro et rock. Plutôt que de parler du français qui revient, il faudrait plutôt dire que le français retape dans un genre où il n’avait pas tapé depuis longtemps.
Benoit – Exactement.
(…)
Vous écrivez tous en français, donc, mais pas de la même manière. Chez Grand Blanc, les textes sont très travaillés, très écrits, ciselés. Toi, Flavien, tu as tendance à improviser tes textes, autant sur scène que sur ton album. Quel rapport vous entretenez avec le texte ?
Flavien –
Ce qu’on fait n’est pas si différent, au final. Il y a vachement ce jeu multi-syllabique qui vient du hip-hop. Sur mes morceaux les plus récents, j’essaye de revenir à un truc simple et taper directement dans les sentiments, et ne pas être uniquement dans les images, les visions et les contemplations. Chez Grand Blanc, ce qu’il n’y pas chez moi, ce sont des jeux de mots qu’on ne remarque pas forcément tout de suite.

Luc – Il y a toujours des multi-sens dans ce que Benoit écrit. On ne veut délivrer aucun message précis sur ses textes, on est les plus heureux du monde quand chacun y voit quelque chose de personnel.
Camille – Quand une chanson est posée quelque part, sur un disque, un mp3 ou n’importe quoi, elle ne t’appartient plus. Ça fait un peu de peine, mais quand les gens viennent te voir ou t’écrivent pour te dire que ça les a touchés pour telle ou telle raison… Par ailleurs, dans nos chansons, certaines voix sont délibérément sous-mixées, donc ça arrive que certains comprennent carrément autre chose que les vraies paroles, et c’est hyper cool ! Ça crée une multiplicité des sens assez rigolote. 
Benoit –
 On essaye d’avoir une langue la plus “disponible” possible. On a vachement appris avec des gens comme Flavien et des groupes comme Bagarre. A la base, Grand Blanc est une formule rock plus traditionnelle. Mais sur scène, on a appris à laisser de la place à la parlotte, à l’impro. »

C’est tout pour aujourd’hui. On vous revient sous peu avec le compte-rendu annoncé de la table ronde, et les aventures du Prince Miiaou et de Laurent Lamarca dans Ma Classe Chanson, une belle histoire. Ainsi que la suite de leurs bidouillages franco-anglais respectifs (la partie « Expérimentation » du projet Une Chanson sous influence).

À suivre !