Du yaourt, une pincée de sel, un peu d’air

Qu’ils sont studieux ces collégiens… On les retrouve, pour ce troisième atelier d’écriture et de composition, en compagnie du Prince Miiaou, qui endosse ce lundi matin le rôle de la prof de musique. Et elle ne s’en sort pas si mal. Le travail des séances précédentes commence à prendre une forme audible. Ça devient concret et la perspective que leur travail puisse aboutir à une vraie chanson recentre et motive manifestement les élèves.

Il y a un peu de magie dans le mixage. Jusqu’alors, les collégiens disposaient d’éléments épars, un texte tout d’abord, qu’ils avaient écrit, puis le même texte traduit, puis un semblant d’accord, puis un début de mélodie… mais ils imaginaient mal encore comment ces parties allaient former un tout cohérent : une chanson.

Les paroles, ils avaient fallu les accoucher avec un peu de peine. C’est le travail difficile d’une écriture collective, où il faut faire surgir un thème fédérateur, Image3où ceux qui ont une idée veulent à tout prix la défendre, où d’autres ne veulent absolument pas en entendre parler, où d’autres enfin n’ont aucune idée – ou tout au moins ne souhaitent pas les exprimer en classe. Les débats, nourris, suivis de votes puis de sessions d’écriture, ont finalement amené les élèves de 3ème à plancher sur le thème de l’actualité et sur le fait que les journaux ne sont porteurs que de bien mauvaises nouvelles. On était en janvier, le Bataclan n’était pas loin.

La session suivante, courant février, avait affiné le propos et les jeunes auteurs s’étaient attelé à la traduction de leur texte, sévèrement encadré dans ce périlleux exercice par le très exigeant Prince Miiaou. Un des enjeux de ces rencontres entre élèves et artistes dans le projet Une Chanson sous influence, est en effet de travailler en français et en anglais, de réfléchir concrètement aux questions de métriques et de sonorités, d’écouter comment sonnent l’une et l’autre langue, de tester des formules, de chercher ce qui fonctionne ou non dans le cadre très formel d’une chanson, où la dimension littéraire de l’écriture – celle qui prime, il faut en convenir, dans l’apprentissage scolaire du français et de l’anglais – doit savoir s’effacer pour laisser sa place à la seule musicalité de la langue.

Avec ce troisième atelier, on entre dans le dur. On fait les premières prises de voix et de sons. Le Prince Miiaou fait répéter et répéter encore une liste de mots destinés à donner sa coloration anxiogène au texte : « désarroi », « images choquantes », « routine »… Image5le but est d’arriver à mettre une intention, à rendre quelque chose de froid, monocorde. Certains y arrivent, d’autres n’y arrivent pas et on rigole après le troisième ratage sur une « monotonie » trop guillerette. Deux téméraires appliquées font plusieurs prises sur le texte en anglais, qui dévoile au passage quelques tournures casse-gueule (« apart maybe baby Georges’s birth »). Ca yaourte un peu et ça rigole derechef.

Arrive ce fameux moment du mixage, qui assemble voix (on distingue au passage la voix « lead », en anglais, des voix d’arrière-plan, en français), lourds accords de basse, rythme de la batterie… L’écoute des premières secondes du nouveau morceau, quelques minutes avant la sonnerie, montre clairement la surprise et un soupçon de fierté sur les visages des élèves, sur le mode « Wahou ! ça donne ça ? c’est nous qui avons fait ça ? » Même si elle reste évidemment encore à travailler, cette première maquette approximative prend à leurs yeux une nouvelle dimension. Ça commence à ressembler à une chanson. La sonnerie retentit, certaines sortent en fredonnant leurs paroles portées par l’air du temps. Demain, ce sera mardi, on ne le sait pas encore mais les nouvelles de Bruxelles ne seront pas très bonnes. Désarroi, images choquantes, routine, monotonie…