Soit dit en passant # 4

La chanson française n’existe pas. Voilà une intéressante façon de reconsidérer les choses. C’est une affirmation qui mérite très certainement d’être entendue et discutée et que l’on trouve rapportée sur le webzine Benzine, qui publie un très bon article sur le mésestimé William Sheller. S’interrogeant sur les raisons profondes qui poussent l’histoire de la chanson à retenir certaines figures plutôt que d’autres, Greg Bod, le journaliste, fait cette remarque :

 « Un de mes amis chanteurs, le brestois Arnaud Le Gouefflec a cette phrase magique : « La chanson française n’existe pas ». On n’en dit pas de même de la Pop Anglaise, de l’Americana. La chanson française n’existe pas, la faute à l’ouverture de nos frontières, à nos inspirations poreuses, à notre écoute de l’autre.
Sans le swing, y aurait-il eu Charles Trenet ? Sans le Jazz manouche, y aurait-il eu Georges Brassens ? »

La langue d’expression permet-elle vraiment de catégoriser une forme musicale ?
Ce que l’on appelle le plus communément « chanson française », est-ce que ce n’est pas en réalité que de la folk, mais chantée en français ? (ou que de la pop, du rock, du rap, de l’électro… mais chanté en français ?)
Et si tous nos cocoricos n’étaient au final que de simples chants de coq, mais chantés en français ?

C’est un changement de perspective stimulant car il permet de reconsidérer l’histoire de la « chanson française » : il ne s’agit plus tant de défendre obstinément une langue, qui serait par nature perpétuellement menacée, que de veiller au contraire à sa pleine inscription dans une histoire plus vaste et plus ouverte de la musique, dont les enjeux artistiques, esthétiques, dépassent très largement n’importe quelle frontière.
La chanson française n’existe pas. Voilà vraiment une intéressante façon de reconsidérer les choses.